Dégustation analytique des rhums Husk

Introduction

Après avoir dégusté La Perle de la distillerie Martiniquaise A1710, je vous propose aujourd’hui un petit voyage en Océanie avec les rhums Husk Distillers. Si toutefois vous n’avez pas suivi, j’ai déjà présenté Paul et sa distillerie sur Rumporter au mois de Novembre 2016. Je ne pourrai que vous conseiller de lire l’article si ce n’est pas déjà fait. Non pas parce que j’en suis l’auteur mais surtout pour vous plonger dans l’ambiance et technique de production… 😉 Maintenant que vous êtes chauds, place à la dégustation de deux rhums agricole, un blanc et un vieux, le Pure Cane et le Barrel 001. Je devrais recevoir prochainement des tests de distillations et de coupes qui viendront donc certainement apporter une suite à cette dégustation…

Pure Cane

Commençons d’abord par le rhum blanc. Il s’agit ici de la bouteille n°254/895 du millésime 2016. Ce premier batch est constitué de Q200 (une variété de canne endémique de l’Australie et plus précisément du Queensland). Le rhum, distillé dans un alambic en cuivre, surmonté d’une colonne de rectification à 10 plateaux avec déflegmateur, sort entre 85 et 88%. Il est ensuite réduit lentement jusqu’à 40% pour être embouteillé sans avoir subir de filtrations. L’analyse sensorielle du Pure Cane a été faite à température ambiante sur palais neutre, et à l’aide d’un verre C&S Ambient.

Dégustation

Visuellement, les jambes sont rapprochées et plutôt fluides. Ce qui laisse présager un rhum assez léger. (Toute proportion gardée car comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas une science exacte…)

Le premier nez est doux, fin et équilibré. Très vert et floral avec une grande dominance du vesou. Une note mentholée vient apporter une fraicheur en plus et ce n’est franchement pas désagréable. Le second nez offre une certaine sucrosité avec des arômes de fruits exotiques comme l’ananas, la papaye, le kumquat ou encore du citron vert. J’ai comme une impression également d’une petite odeur de carton mouillé sur la fin mais aucunes certitudes là-dessus… Malgré sa faible puissance alcoolique, ça évolue bien dans le temps et les arômes d’agrumes sont intéressants.

La bouche est très douce et légère. La fraicheur de la canne et le fruité des agrumes sont confirmés avec une relative évolution. Les papilles fongiformes et filiformes sont en alerte, ce qui démontre une certaine sucrosité (qui affirme le nez donc) mais aussi une légère acidité, juste ce qu’il faut pour donner un petit coup de pep’s. Je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est quand même un peu trop léger malgré le bel équilibre.

La finale est dans la continuité : très fraiche, fruitée et toujours dans la délicatesse. Peut-être un peu trop car elle s’efface sans trop marquer le palais malheureusement. Je dirai que la longueur est moyenne, un peu décevante mais tout de même acceptable.

Conclusion

Le Pure Cane des Rhums Husk est un bon rhum blanc aromatiquement parlant. C’est moins « herbacé » qu’un Martiniquais, un poil linéaire néanmoins la qualité est là et il n’y a pas de doutes à avoir sur le fait que ça soit un agricole. Après tout, ce qu’on demande à un rhum blanc agricole, c’est le gout de la canne à sucre non ? Pour un tout premier distillat, sans aucuns bagages ni expérience dans le rhum et venant d’un pays où la référence des rhums se trouve être le Bundaberg, je suis franchement satisfait de ce Pure Cane. Les seuls bémols que je pourrai dire, c’est que ça manque d’un peu de gras et de puissance pour porter la structure. La finale s’en retrouve un peu trop fuyante et c’est dommage. Je l’aurai bien aimé plus longue tellement le plaisir au nez et en bouche est là. Sur les conseils de Paul et histoire de poursuivre la dégustation, j’ai testé le Pure Cane en ti’punch (Paul préfère la caïpirinha). Avec l’impression de sucrosité naturelle et les arômes déjà portés sur les agrumes, ça passe vraiment bien, même si ça manque cruellement de puissance. J’ai préféré le consommer pur.

——————–

Virgin Cane – Barrel 001

Continuons et passons maintenant au Husk vieux Virgin Cane avec la cuvée Barrel 001. Il s’agit ici du tout premier rhum distillé par Paul et sa famille en 2012. Le Barrel 001 que j’ai dégusté est tiré de la bouteille n°257/271 et est constitué de Q124. Comme pour le Pure Cane, le Barrel 001 est distillé dans le même alambic à la différence près que le déflegmateur n’était pas encore installé sur la colonne en 2012. Ce qui fait que contrairement au Pure Cane (et aussi à ce que j’ai dit dans mon article Rumporter du coup), le Barrel 001 sort entre 70 et 76%. Il est ensuite entonné dans des fûts neufs de chêne américain carbonisés pendant 9 mois puis transféré dans des ex-fûts de bourbon pendant 2 ans et 3 mois. Nous avons donc là un double vieillissement d’une durée totale de 3 ans. Après une réduction lente, le rhum est embouteillé sans filtrations et titre à 40,7%. L’analyse sensorielle du Barrel 001 a été faite dans les mêmes conditions que précédemment.

Dégustation

Visuellement, les jambes sont nombreuses et glissent avec une certaine nonchalance sur la paraison du verre. Ce n’est pas très visible dans le verre mais un léger voile est présent dans la bouteille et quelques fines particules nagent tranquillement… Preuve donc,  comme c’est indiqué sur l’étiquette, que le rhum n’est pas filtré. Les particules grasses contiennent en général beaucoup d’arômes et c’est plutôt un signe qualitatif même si visuellement c’est moins « vendeur ».

Le premier nez est plutôt riche. Ça dégage un joli boisé de chêne américain sans conteste! A l’aveugle on pourrait même croire que c’est clairement un bourbon. Une fois ce côté pâtissier rempli de vanille, de noisettes, d’épices chaudes (cannelle et noix de muscade surtout) et d’un léger caramel (non additionné…), le second nez porte sur des notes d’écorces d’orange, de miel et de pain grillé. C’est très charmeur et vraiment bien fait.

L’attaque en bouche du Barrel 001 se fait, comme pour le Pure Canne, dans la douceur mais avec la rondeur en supplément. L’alcool est hyper fondu et on retrouve ce côté très gourmand du nez avec une pointe de tabac et de torréfaction en plus. C’est boisé, oui, mais c’est noble et classieux, à l’opposé d’un jus de tanin bien bourrin et astringent. Les papilles foliées et calciformes s’excitent légèrement, preuve d’une certaine amertume/acidité mais pas dérangeante dans mon cas. Malgré un petit manque de charpente (d’explosivité ?), c’est assez bien équilibré.

La finale est douce et boisée. La noisette du nez fait son retour grâce à la rétro-olfaction. Malheureusement c’est un peu décevant car les arômes s’affaiblissent relativement vite. Comme pour le Pure Cane, c’est un peu fuyant. La PAI est un poil plus longue quand même que le rhum blanc.

Conclusion

L’empreinte de l’ex-fût de bourbon est nette et sans bavure. Certain pourrait même peut être dire trop présente. Celle du fût neuf toasté est aussi ressentie puisqu’elle apporte un côté épicé et torréfié à la structure pâtissière mais l’impact est beaucoup plus léger. C’est plutôt harmonieux et bien fait à mon sens. Le nez est un véritable parfum mais la bouche manque un peu de corps et la finale d’un peu de tenu. Il ne faut pas perdre de vue que même s’il est vieux, ce Barrel 001 reste très jeune. Il ne pourra donc pas avoir une très grande complexité apporté par le vieillissement… C’est un rhum de bonne facture, agréable et très charmeur à la dégustation. Je le qualifie sans problème de « rhum plaisir ». Facile à boire et hyper gourmand, avec comme slogan « From paddock to bottle » (« de la terre à la bouteille »), c’est vraiment un bonbon (mais dans le bon sens du terme, car pas de modification chimique ni d’obscuration ici).

Suivi de l’aventure Husk

Au-delà de la découverte et la dégustation de deux nouveaux rhums non importés pour l’instant dans nos contrées, Paul représente un peu plus que ça pour moi. Déjà parce que c’est grâce à l’article sur sa distillerie que mon aventure Rumporter à réellement commencée, mais aussi parce que l’article, je cite Paul : « a mis en lumière mon travail et le fait rayonner jusqu’en Europe et principalement en France ». Suite à ça donc, les demandes se sont visiblement multipliées pour lui et une journaliste de Fine Spirits l’a récemment contacté pour une interview ! Ça n’arrive quasiment jamais de me vanter mais sur ce coup, je ne suis pas peu fier d’avoir eu un impact aussi important et positif sur la vie d’un producteur, qui est au top qui plus est ! Paul (et sa famille…) est vraiment quelqu’un d’extraordinaire, d’une gentillesse infinie et d’une générosité sans nom… Je suis bien content d’être tombé sur une personne comme ça et si j’ai pu aider à mon niveau, c’est un honneur.

J’aimerai revenir ici en complétant légèrement mon article sur le magazine de la culture rhum. A la fin, j’évoquais la possible exportation des produits Husk via un importateur Italien. Pour l’instant, pas de nouvelles là-dessus… Les volumes de production sont encore plutôt faibles mais les travaux d’agrandissement et donc de capacité, sont en bonne voie. Il va donc falloir encore attendre un peu ou commander directement en Australie (attention aux frais de Douanes…). Le terrassement et le mouvement des terres sont terminés. Les fondations seront bientôt coulées et les bâtiments pourront donc voir le jour. En parallèle des travaux et de la distillation de gin (qui en plus d’avoir l’air bon, fait tourner l’infrastructure toute l’année et assure ainsi une rentabilité et trésorerie), Paul continue son travail de maitre de chais et ses expérimentations au niveau des coupes de distillats, d’assemblages et techniques de vieillissement. Pour la récolte 2017 (qui commence d’ici quelques mois), Paul a même embauché Quentin, un Martiniquais qui officiera en tant qu’assistant distillateur ! Ça ne laisse présager que du bon pour l’avenir encore une fois. 🙂

En discutant des TAV de sortie, des TNA et des grandes réductions, j’ai appris qu’actuellement, il y a du rhum à haute coupe (comme le Pure Cane donc) en vieillissement. Paul étudie toujours son positionnement et ne sait pas encore si il va continuer de distiller aussi haut, si il va revenir à des sorties aux alentours des 75% ou si il va combiner les deux méthodes, même chose concernant les réductions qui découlent forcément des taux de sorties. Il n’est donc pas impossible de voire prochainement un Pure Cane à 50% et avec plus de gras par exemple, ce qui lui amènerait indéniablement plus de corps, de fruité et de longueur. Paul avait d’ailleurs longtemps hésité avant d’embouteiller car la version à 50% avait un bel équilibre mais la version à 40% avait remporté plus d’avis positifs lors des tests internes. Il essaie également d’introduire une culture de dégustation « à la Française » que l’Australie ne possède pas vraiment, en tout cas concernant les rhums… En plus des rhums agricoles, il existe maintenant du sirop de canne Husk, qui permet par conséquent de se faire un ti punch 100% Australien, comme lors des ateliers dégustation proposé par la famille Messenger dans leur ferme. Le sirop comme les ateliers cocktails, c’est basique, mais ça n’en reste pas moins plutôt cool comme idée je trouve. Concernant les tests que je dois recevoir, je ne sais pas encore de quoi va être constitué le colis, mais une chose est sûre, c’est que j’ai hâte d’y gouter et de vous en parler ! A bientôt 😉

Post Scriptum

Cet article aurait du être publié fin Mars mais par faute de temps, ce fût impossible… Et c’est pas plus mal car ça me permet de vous parler de la triste nouvelle. Suite au violent cyclone Debbie qui a frappé le Queensland la semaine dernière (pointe à 300km/h, pluies et vagues plus hautes que la normale), et bien que Husk se trouve à plus de 1000 kilomètres au sud de l’impact de Debbie, la Tweed River est quand même sortie de son lit avec une crue de plus de 4 mètres, notamment à cause des fortes pluies. Par conséquent, l’intégralité de la zone de la Tweed Valley au nord de la Nouvelle Galles du Sud, y compris le village de Tumbulgum où se trouve la ferme des Messenger et la distillerie Husk, sont sous les eaux avec pas mal de dégâts… Des précautions avaient été prises cependant l’inondation est arrivée plus vite et plus forte que prévue. D’après les dires, c’est la plus grave depuis plus d’un siècle ! Paul, sa famille, ses employés et ses bêtes sont coupés du monde mais tout de même en sécurité. Des parcelles de cannes sont touchées et le chai ainsi que l’alambic ont les pieds dans l’eau. C’est un sacré coup dur pour Husk et la récolte 2017… 🙁 Espérons que tout se passe pour le mieux. Je ne sais pas trop comment aider, mais j’envoie tout mon soutien et ma force à Paul ainsi qu’à sa famille et employés!! Si jamais vous passez dans ce coin et que vous voulez donner un coup de main, j’imagine que les bénévoles pour retirer débris et boues sont les bienvenus… Force à eux.

The following two tabs change content below.

Damien Sagnier

Membre administrateur/modérateur de la Confrérie du Rhum et de la Communauté du Rhum Agricole, contributeur au magazine Rumporter et passionné, entre autres, de culture Créole et de rhums depuis une quinzaine d'années, Martiniquais et Jamaïcains de préférence.

Derniers articles parDamien Sagnier (voir tous)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.