Dégustation analytique du rhum La Perle d’A1710

Introduction et historique

Voilà une distillerie toute récente, mais qui fait déjà grand bruit dans le monde francophone du rhum. A1710 (« A » pour Jean Assier et « 1710 » car c’est la date d’arrivée en Martinique de ce juriste au service de Raymond Balthazar Phélypeaux, gouverneur général des Indes occidentales) se situe au sein de l’Habitation du Simon entre les communes du François et du Vauclin, juste en face de l’Usine du Simon. La distillerie du Simon et A1710 sont donc bien deux entités distinctes et indépendantes l’une de l’autre. Yves Assier de Pompignan mûrit ce projet depuis 2006. En 2010, dans l’ancienne purgerie à sucre du 18ème siècle, un chais et un alambic sont mis en place et après un peu plus de 5 ans de démarches administratives, d’études techniques et d’apprentissage, la nouvelle marque Martiniquaise a obtenue le précieux sésame afin de démarrer ses activités. Le lancement de la marque s’est fait fin 2016 avec 3 hors d’âge : Soleil de Minuit (8 à 11 ans), Tricentenaire (6 à 17 ans) et Nuée Ardente (9 à 17 ans) qui sont le fruit d’un travail de négoce, de sélections, de maturation et d’assemblages (rhums pur jus et mélasse, d’origine AOC Martinique et IGP Guadeloupe). La gamme s’est récemment élargie avec un rhum blanc agricole nommé La Perle, sortie en Martinique début Février et bientôt disponible en Métropole. C’est ce rhum qui va faire l’objet de cet article… Un second rhum blanc agricole intitulé Renaissance est actuellement en réduction et devrait sortir très prochainement. La différence avec La Perle se trouve principalement aux niveaux des levures de fermentation ainsi que la réduction.

Carte de l'usine du Simon

La Perle d’A1710

Le rhum La Perle est entièrement issu de la distillerie A1710, du semis de la canne à l’embouteillage en passant par la coupe, la fermentation, distillation et réduction. La particularité réside dans le fait qu’ils produisent des rhums hors AOC. Ils ne sont donc pas contraints à une certaine uniformisation du à la colonne Créole (qui pousse aussi quelque part les rhumiers AOC à devoir se surpasser pour se démarquer de la concurrence tout en respectant le cahier des charges très strict), ni obligés de respecter par conséquent une saison de récolte et de distillation (qui je le rappelle, doit se dérouler entre le 2 Janvier et jusqu’au 5 Septembre maximum). Les variétés de cannes ne sont pas non plus obligatoirement des cannes labellisées AOC par le CTCS. Ainsi, la canne à sucre est cultivée toute l’année sur le domaine et des petits planteurs indépendants peuvent également proposer leurs marchandises si les lots sont intéressants (quid de la qualité des cannes qui seront récoltées hors saison habituelle ? Je ne sais pas…). L’alambic est alors alimenté tous les jours en vesou mais uniquement avec des cannes fraiches du jour et les recettes ne sont pas fixes dans le temps. Le batch de La Perle que j’ai dégusté provient de la bouteille n°863 du millésime 2016 et est constitué de B59.92, dite « Canne Roseau » et de B69.566, dite « Canne Bleue ». Après une fermentation (levure indigènes + boulangère dans le cas de La Perle 2016) de 5 jours en cuve inox thermo régulée autour de 22°C, le vin de canne titre aux alentours de 6%. Le mout fait ensuite un passage dans « La Belle Aline » (c’est le nom de baptême du Privat*) pour être coulé aux alentours de 68%. Après une réduction d’un peu plus de 2 mois (un léger brassage à lieu après chaque mouillages) pour ramener le distillat à 54,5%, le rhum est embouteillé sans être filtré à froid ni par charbon actif, puis est ciré et étiqueté manuellement. L’analyse sensorielle de La Perle a été faite sur palais neutre, à température ambiante, avec 2 verres tulipes différents (un Spiegelau Whisky Snifter et un Chef & Sommelier Ambient) et pendant un tasting à l’aveugle (5 autres rhums blancs agricoles Antillais étaient dans la sélection).

Dégustation

Visuellement c’est cristallin et limpide. Les larmes ne veulent pas dire grand-chose car selon la qualité et propreté du verre, la teneur en alcool du rhum ainsi que la température sont autant de paramètres qui peuvent faire tout changer. Néanmoins, dans mon cas et sur les deux verres, les jambes se sont formées assez rapidement et viennent strier les paraisons avec une certaine épaisseur et élégance (tout est relatif, ça reste loin d’être visqueux et ça retombe plutôt rapidement).

Les jambes du rhum la perle d'A1710

Le premier nez est agréable. L’alcool est présent mais bien équilibré. Je dirai que c’est un mix entre les Clairins embouteillés par Velier (la grande fraicheur de la canne et les fruits exotiques du Sajous), le Saint James Cœur de Chauffe (le côté hyper floral) et les agricoles Thaïlandais (le côté foin, hydrocarburé, alcooleux et presque métallique des Chalong Bay et Issan). Cela dit, ce n’est pas rare de trouver des touches d’hydrocarbures et de métal sur certains clairins autre que ceux embouteillés par Velier… Le Spiegelau fait plus ressortir le côté Thaï tandis que le C&S favorise le côté Clairin.

Au second nez je perçois également une note minérale mais c’est plutôt discret avec le Spiegelau, un peu moins avec le C&S, sans être hyper flagrant non plus. Après une aération d’environ un quart d’heure, et donc légère oxydation, une facette méditerranéenne avec de l’olive verte se révèle légèrement sur le Spiegelau alors que ce que je percevais comme note minérale saute maintenant vraiment aux narines avec le C&S. Ça sent l’iode et plus particulièrement la moule fraiche. 😀 J’imagine que ce référentiel va en faire sourire plus d’un mais c’est ce que ma mémoire olfactive d’homme vivant sur la Côte d’Opale m’a indiqué en premier. Cela dit comme pour l’odeur hydrocarburé, ça reste discret et cette pointe d’iode vous fera peut-être penser à autre chose, et peut-être même que vous ne la sentirez pas du tout… Très honnêtement, c’est pas mal et même bon.

Au troisième nez, au repos et sur les deux verres, un petit côté terreux et une pointe de colle vient se marier avec la sucrosité de la papaye mais dès que le rhum danse contre la paraison des verres, c’est la douceur du litchi qui se mêle à une légère acidité. Certainement celle de la prune de cythère comme indiqué dans le petit dépliant.

En bouche, l’attaque est riche, vive et franche mais le feu s’éteint relativement rapidement. Sur les papilles je retrouve le gras des larmes que j’ai observé au début mais ce n’est pas très épais ni crémeux. Comme pour le nez, j’y trouve une certaine ressemblance avec les agricoles Thaïlandais et les clairins d’Haïti, notamment les notes un peu terreuses et métalliques. Je sens également un peu de fruits exotiques mais c’est un peu déséquilibré à mon sens. Même après oxygénation, le piquant de l’alcool prend le dessus sur le bouquet et c’est dommage. La trame aromatique est constante entre le nez et la bouche mais je trouve que cette dernière est un poil décevante par rapport au nez. Autant le nez complexe laisse présager un joli plaisir et oscille entre la verdure de la canne fraiche et le fruité fin de certaines eau de vie blanche de fruit, autant en bouche, la canne à sucre est bien présente mais tout cela s’estompe un peu trop rapidement au profit de l’alcool.

La finale est sur l’alcool mais s’ouvre sur la papaye avec une rétro olfaction légèrement sur l’amande. La PAI est quand même relativement longue voire très longue et frôle la minute… La PAT par contre reste une bonne demie heure. Il faut dire aussi que les 54,5% aident pas mal à porter la structure. C’est presque aussi long que le fameux Cœur de Chauffe de chez Saint James avec ses 60 watts mais La Perle est plus dans la « douceur » et moins sèche.

Interprétation et conclusion

Vous l’aurez compris, je n’ai pas trouvé ça autant imbuvable que ce que j’ai pu lire sur plusieurs groupes Facebook. C’est même plutôt bien fait, surtout pour un premier distillat. J’ai adoré le nez, été déçu par la bouche mais la finale rehausse un peu le tout, l’ensemble reste plaisant. Je ne saurai pas dire si les divers retours (allant de la pire déception à une franche réussite) sont dus à une irrégularité de production, une éducation des papilles ou conditions de dégustation. Peut être aussi un mélange des trois ? J’ai également l’impression que la Perle évolue rapidement après ouverture de la bouteille et que d’un verre à l’autre avec quelques jours voire semaines entre les deux, l’impression ne sera pas pareille. Si vous vous attendez à un Neisson, Depaz ou JM (oui, je suis plutôt Nord Martinique…) passez votre chemin ! Si vous aimez l’aventure ou voulez (re)découvrir une facette Martiniquaise peu connue et oubliée, alors c’est faisable…

En clair, La Perle à une identité à part parmi les Martiniquais actuel. Ça a son charme et même, pour avoir eu la chance d’en gouter quelques-uns, une petite identité marquée « antan lontan ». Après un échange téléphonique avec Yves Assier de Pompignan, ce dernier m’a confirmé sa volonté de retrouver d’anciennes saveurs, à l’époque où le rhum était une production familiale et avait une dimension humaine… Ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui il faut bien l’avouer. Je pense que cette notion d’antan lontan est, en plus de la fermentation, l’incidence directe de « la Belle Aline ». En effet, la plupart voire la totalité des rhums blancs Martiniquais que nous connaissons aujourd’hui sont AOC, et sortent donc obligatoirement de colonnes Créole. Un siècle en arrière, l’intégralité du rhum Martiniquais sortait d’alambic à repasse ou d’alambic mixte, mais pas de colonne… Le fait qu’inconsciemment j’ai fait le rapprochement avec les clairins, les agricoles Thaï et le cœur de chauffe de chez Saint James n’est également pas anodin car ils sont soit distillés en pot still classique, soit en Privat, constitués en partie ou en intégralité de cuivre. La saponification ne doit pas être étrangère non plus à ce résultat. Si quelques distillateurs passent par là et pouvaient affirmer ou infirmer mes propos, ça serait cool. 😉

Du fait de ces rapprochements aromatiques avec les clairins Haïtien et agricoles Thaïlandais, c’est un produit que je qualifierai de quitte ou double car ces arômes peuvent déranger quelques personnes. Bien évidemment, ce retour gustatif n’engage que moi. Chaque cerveau à son éducation papillaire et olfactive. La sensibilité des papilles influe sur la perception et c’est cette perception qui va évaluer l’harmonie du produit. Ce qui est donc harmonieux pour certain peut ne pas plaire à d’autre justement à cause de cette sensibilité… Je n’ai pas tenté l’utilisation en ti punch ou en cocktails plus élaborés. La structure organoleptique de ce rhum me semble vraiment adaptée et destinée à la dégustation pure, mais peut être que je me trompe ? A la soirée de lancement qui s’est déroulée début Février à l’Habitation, le rhum La Perle était proposé de différentes manières : pur à température ambiante, pur mais bouteilles au frais (les 26°C de température moyenne annuelle en Martinique change la donne sur nos 12°C moyen annuel en métropole) et en cocktail avec simplement un zest de citron vert, du miel du Vauclin, du gingembre frais et une dilution au vesou frais.

Venons-en maintenant à ce qui intéresse le plus les amateurs après les arômes, le rapport qualité/prix/plaisir. Je rappelle que A1710 est une vraie micro distillerie avec une capacité de production maximale et dans des conditions optimales égale à 30 000 litres annuel (il peut arriver que l’alambic ne tourne pas car les cannes ne sont pas belles ou qu’il faille embouteiller donc personnes pour couper les cannes…). Là ou Neisson ou La Favorite, qui sont également des petites distilleries indépendantes, arrivent à sortir 10 fois plus de litres au bas mots. La logique économique fait que plus la quantité est petite plus le coût de fabrication est cher. En faisant donc abstraction complète des frais de fabrication et en ne jugeant que la qualité intrinsèque du produit, je ne mettrais pas les 49€ demandé en métropole. Le prix sur place, à savoir 28€, me parait déjà plus cohérent et en accord avec le plaisir reçu. Ce qui est déjà pas mal pour un rhum blanc agricole (mais cher pour un prix péyi). L’idéal serait selon moi un prix métropolitain aux alentours de 40€ maximum. Certain diront que nous ne sommes pas à 10€ près mais quand même… La différence de prix se traduit, comme pour les autres marques, par le coût de transport et une taxation différente des alcools entre la Martinique et la métropole, mais aussi par l’absence de contingentement. Cette action n’a pas seulement pour but de limiter la production rhumière mais propose également une fiscalité préférentielle aux rhumiers. A1710 étant nouveau, la distillerie n’est pas immédiatement éligible pour les Douanes. Ils doivent donc payer plein pot les taxes et le prix s’en retrouve impacté derrière sur le consommateur… Peut-être une baisse envisageable par la suite ? 🙂

La Perle - A1710

Annexe et détails

J’aimerai revenir ici sur le terme « extraordinaire » qui est inscrit sur l’étiquette car c’est un sujet qui prête un peu à polémique. Que le qualificatif soit employé par des consommateurs et après un certain laps de temps et de notoriété, ça ne pose pas de problème, mais c’est un peu différent ici. Comme beaucoup, au-delà du fait que ça n’a aucun sens autre que marketing (ça aurait pu être inscrit « rhum premium » ça aurait été pareil…), je trouvais ça un peu présomptueux… Que le producteur croit en son produit à 200% c’est tout à fait normal, de là à l’inscrire directement, c’est montrer un manque d’objectivité et d’humilité. Cependant je ne voulais pas en rester sur ce premier avis tout à fait légitime (Yves l’a reconnu) mais quelque part infondé. Après quelques échanges vraiment passionnant par mail et par téléphone, Yves m’a expliqué sa démarche et m’a même livré quelques données et « secrets » de fabrication (tant sur les blancs que les vieux actuels ainsi que les futures productions). Il s’avère en fait que le mot « extraordinaire » est employé dans le sens où le process utilisé pour le rhum La Perle sort vraiment des sentiers battus et n’est donc pas « ordinaire », sous-entendu « pas comme les autres blancs Martiniquais AOC ». Même chose sur les rhums vieux car l’utilisation de bonificateur et les échanges inter-distilleries et inter-îles étaient presque le quotidien du rhum antan lontan alors que maintenant cette pratique a entièrement disparue. Ceux qui connaissent l’histoire du rhum et de la Martinique savent de quoi je parle ici…

Évidemment, Yves a conscience que  « extraordinaire » peut être pris dans le sens « être au-dessus de tout le monde ». Le jeu de mot autour de cette expression est un peu maladroit et un brin provocateur selon moi mais c’est vraiment quelqu’un d’ouvert, d’intelligent et surtout de passionné. Beaucoup qui vont me lire ici me connaisse et si je le dis, c’est que je le pense vraiment. Durant l’échange téléphonique qui a duré quand même un bon 2h, Yves m’a avoué que sa stratégie de communication, surtout virtuelle, pêchait un peu principalement par manque de temps. A part pour conduire l’alambic, faire les analyses labo et surveiller le chai de vieillissement, il n’y a pas vraiment de poste bien défini et attitré dans l’équipe composée de 7 personnes (tous en CDI et pas de saisonniers ni d’interim). Tout le monde est susceptible de couper et broyer la canne, embouteiller, étiqueter, cirer les bouteilles. Il faut ensuite démarcher, vendre ou expédier ainsi que recevoir et guider les visiteurs sur place, ce qui laisse peu de place pour bien expliquer la philosophie et répondre aux interrogations sur internet.

En attendant que l’activité se pérennise et qu’ils mettent en place une nouvelle communication, n’hésitez pas, si vous le pouvez, à vous rendre sur place. Pour l’anecdote, l’équipe d’A1710 est en partie conseillée par Stéphanie Martin (maitre assembleur de Cognac), la même qui a conseillé Bologne sur leur Black Cane et les prochains rhums vieux qui arrivent… Un peu à la surprise de tout le monde, l’équipe d’A1710 y compris, la nouvelle distillerie et ses produits sont plutôt bien accueilli par toute la population locale (d’ordinaire plutôt chauvine et s’arrêtant donc au rhum produit près de chez eux), quelques rhumiers Martiniquais et même d’autres personnages connus dans le monde du rhum comme Chantal Comte par exemple ! Il y a bien une raison à tout ça j’ai envie de dire… Histoire de ne pas précipiter les changements de communication ni ruiner les surprises des futures productions A1710, je préfère garder pour moi les infos que Yves m’a gracieusement partagé. Mais si vous êtes attentif à la lecture, vous verrez que j’ai écrit des choses qui ne se trouvent nulle part ailleurs qu’ici. 😉

Tout cela pour dire que ça n’oriente en rien mon avis sur le rhum La Perle (que j’ai dégusté début février mais je viens seulement d’avoir les dernières infos que j’attendais) ni ne change mon opinion sur les 3 rhums vieux qui sont relativement bons et bien faits mais que je trouve beaucoup trop cher par rapport au plaisir apporté (Cyril du blog Durhum a rédigé une analyse intéressante de ces hors d’age qui est lisible ici. Retour gustatif qui a d’ailleurs plu à Yves Assier de Pompignan malgré quelques erreurs en début d’article). Je voulais simplement mettre un peu de lumière sur quelques zones d’ombres de cette nouvelle distillerie/marque. Organoleptiquement, je pense sincèrement que La Perle est un bon rhum et mérite vraiment d’être gouté par tout amateur qui dit l’être (ne serait-ce que pour en parler, en bien ou en mal, il faut l’avoir eu en bouche au moins une fois). Les prochains batch seront adaptés selon les retours clients, c’est pourquoi il est important de dire ce que l’on pense tout en restant impartial et honnête. Pour ce qui est de l’avoir dans sa cave ensuite, c’est à vous de voir. 🙂

Pour aller plus loin : rhumclubfrancophone.fr/forum

 

(*Privat est le nom d’un type d’alambic hybride. C’est en fait un alambic à repasse classique, comme pour le cognac ou le whisky, mais la sortie de l’oignon est directement couplée à une mini colonne créole. Dans le cas d’A1710, cette mini colonne est constituée de 7 plateaux en cuivre. Un système de distillation en discontinue ou mixte apporte plus de TNA qu’un système en continue, donc plus de gout.)

Dégustation analytique du rhum La Perle d’A1710
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Damien Sagnier

Membre administrateur/modérateur de la Confrérie du Rhum et de la Communauté du Rhum Agricole, contributeur au magazine Rumporter et passionné, entre autres, de culture Créole et de rhums depuis une quinzaine d'années, Martiniquais et Jamaïcains de préférence.

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